Un syndrome d’imposture Hillary (Clinton) ?

Se présenter à la Présidence des Etats-Unis : une imposture d’Hillary ?

Étonnamment je me suis vu proposer deux biographies d’Hillary Clinton en une semaine. Alors je ne pouvais que répondre à ce signe bien que spontanément je ne me serais pas tournée vers une telle lecture. La première est de sa propre rédaction, ou plutôt avec l’aide d’une journaliste a priori si j’en crois la deuxième. C’est un pavé et j’ai eu du mal à avancer car c’est extrêmement détaillé : la dame de Chicago raconte par le menu ses rencontres, presque au jour près. La multitude de noms américains nous parlant peu, cela peut vite devenir lourd. C’est alors que le second livre, écrit par Christine Ockrent et en format poche, m’est arrivé. J’ai ainsi laissé le gros estimant que je me ferais déjà une opinion avec la version de la « reine Christine » (ndlr mais pour les jeunes, la journaliste a été la première femme à présenter le journal télévisé en France).

Si ces ouvrages ne sont pas passionnants ou à suspense comme un roman ou un polar, je leur trouve le mérite de poser bien des questions quant à la condition de femme. Car tout au long, c’est ceci qui est soulevé devant la façon dont Mme Clinton a pu être traitée. J’avais déjà trouvé qu’il fallait être un surhomme en découvrant le métier de Président à travers Nicolas Sarkozy, mais pour elle, il lui faut être exceptionnelle ! Pas faite comme moi, c’est sûr, et pourtant j’ai pu me reconnaître en elle quant à ses émotions qu’on ne voit jamais à la télévision mais qui sont bien là.

Née dans une famille relativement modeste, dans les années 50, les filles étaient loin de faire des études longues. Vouées à devenir de bonnes mères de famille, éducation religieuse à l’appui, Hillary, en excellente élève, a quand même été soutenue pour passer ce qu’on appellerait le bac chez nous puis aller en fac de droit. Le regard positif de son père n’a sans doute pas été innocent dans sa confiance en elle ; c’est ainsi qu’elle a peut-être eu « le toupet » d’être la première fille à se proposer pour le discours de fin d’études de sa promotion. L’institution a bien failli le lui refuser car c’était réservé aux garçons, mais elle a été applaudie pour ses brillants mots. Elle en a même profité pour en glisser quelques uns pour laisser comprendre que les filles évoluaient.

Sur le campus, elle avait rencontré un jeune homme séducteur et séduisant, bénéficiaire d’une bourse pour faire son droit car ayant eu de bonnes notes, et au charisme marquant. Elle, si l’on en croit les photos, avait peu d’atouts de séduction : de grosses lunettes, peu regardante sur ses tenues car essentiellement motivée par ce qui se passait dans le monde, et donc par la politique qui la faisait se distinguer plus que ses cheveux sans coiffure. Comme lui qui s’intéressait déjà fort à la cité. Alors ils se sont plu : c’était Bill et Hillary.

Remarquée pour sa vive intelligence, elle trouva rapidement du travail dans les régions de Boston et Washington et la vingtaine à peine passée, elle faisait partie de commissions juridiques étudiant l’affaire du Watergate. Soit loin de Bill Clinton qui retourna dans son Arkansas natal. Car il aurait pu rester près d’elle, promise à une très belle carrière , mais non, c’est elle qui arrêtera tout pour le rejoindre… car il ne l’aurait pas fait, la question ne se posait même pas à l’époque. Elle travailla comme avocate pour permettre à son mari d’incarner son envie de s’investir pour la société et petit à petit, avec les conseils et l’appui de sa femme, il devint gouverneur de sa province. Le pied était mis dans la porte de la Maison Blanche où il finira Président des Etats-Unis.

Au passage, elle avait dû renoncer à son nom, Rodham, qu’elle avait toujours associé à Clinton, posant par là un acte volontaire pour garder son identité de femme indépendante. Jaugée et jugée par l’Amérique profonde sur sa capacité à être l’épouse convenable d’un élu, déjà qu’elle travaillait, elle a dû céder à la pression. Et entre temps, le couple a eu une fille, Chelsea, que sa maman chérit (son père l’aime aussi bien sûr… mais il a ses préoccupations et peut-être son charme opère-t-il déjà sur d’autres que sa famille). Elle raconte sa joie de la voir grandir, de l’installer dans son foyer d’étudiante tout comme l’épreuve que c’est que de voir partir son enfant. Hillary a toujours intégré sa fille à sa vie, la présentant et l’emmenant dans ses campagnes et voyages officiels. Cette femme explique son goût d’être maman alors que ce n’était pas forcément son projet.

Les voilà donc à Washington au cœur du pouvoir le plus grand. Hillary a là encore beaucoup contribué à cette réussite, Bill Clinton disant même quelque chose comme « votez pour moi, vous aurez deux présidents pour le prix d’un » en évoquant sa femme. Elle fera évoluer le rôle de First Lady en s’impliquant activement sur des dossiers mais sans réussite effective. Si déjà les jalousies allaient bon train, elle fut très marquée par les critiques acerbes qu’elle reçut tout au long de sa vie pour vouloir aller par devant les habitudes et agir. L’aurait-on fait pour un homme ? Non, car son ambition, mue par vouloir aider son prochain, son intelligence totalement légitimée par ses diplômes et expériences, sont perçues comme des défauts alors qu’ils seraient mis en avant chez la gent masculine.

Et elle osa se présenter comme sénatrice de l’état de New-York. Dans le livre de Christine Ockrent, on suit beaucoup ce passage de sa vie : c’est un tournant. Est-ce la cinquantaine qui lui fait prendre conscience qu’elle aurait pu être à la place de son mari ? Toujours est-il qu’elle a été à la bonne école, et elle applique tout ce qu’elle a appris avec lui dans ses campagnes. Sillonnant son secteur, elle arrache pas à pas des intentions de vote qui n’étaient pas gagnées. Elle se prend en main, lutte contre la retenue de son corps pour faire des discours charnels, opte pour des couleurs qui lui vont bien et dompte ses cheveux. Et elle réussira.

A-t-elle eu le syndrome d’imposture que beaucoup de femmes présentent ? En tous cas on lui a demandé d’être à la fois une belle femme et une mère rassurante pour un pays. Au nom du féminisme, on lui a reproché de rester avec Bill Clinton après les frasques qu’il a eues avec une stagiaire et en même temps elle a été une féministe tant par ses soutiens aux femmes que dans sa propre vie. Comment le pays peut-il lui reprocher sa « froideur d’intellectuelle » tout en voulant qu’elle réfléchisse, exécute, dirige sans fioriture et laisser-aller ? Décidément, l’imposture d’Hillary serait-elle d’avoir voulu prendre sa place de Présidente alors que son mari la lui laissait enfin ? Allait-on vraiment le lui autoriser en ayant eu un Président pour époux ? On le leur pardonnera pour avoir fait passer avant elle Barack Obama… mais c’est quand même Donald Trump qui l’a détrônée. C’est ça l’imposture, être une femme qui réussit presque jusqu’au bout.

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