Le bonheur s’apprend-il ?

« C’est bien toi la plus heureuse » était une phrase assez répandue alors que j’étais jeune fille. J’avais un copain qui, ne sachant sans doute pas trop que répondre à mes discours, concluait facilement la conversation ainsi. Comme s’il voulait dire qu’il n’était guère satisfait de son sort mais bien incapable de le formaliser. Cela m’embêtait fortement car c’était une affirmation qui ne convenait ni à mes émotions, ni à ma perception alors de la vie : à 20 ans, on est si vite noyé par un chagrin d’amour ou par l’anxiété de ne pas trouver un travail que l’on ignore souvent tout du bonheur.

Ballon de baudruche

Depuis, l’eau a coulé sous les ponts et ces plus belles années que seraient celles de la jeunesse sont loin. Mon cœur est toujours aussi peu aguerri face aux montagnes russes des heurts de la vie mais j’ai appris qu’avoir un amoureux qui nous quitte ou perdre son travail était loin d’être la mort d’un homme (euh pardon, d’une femme). Même si c’est difficile à vivre sur le moment, peu à peu les chocs passent et l’essentiel est d’avoir la santé physique (et psychique) pour tenir. Mais la question du bonheur se pose toujours : qu’est-ce donc en fin de compte ?

  • L’intervalle entre deux chocs justement ?
  • L’inverse du malheur ?
  • Un état de béatitude qui vous ôte cette boule au fond de l’estomac que vous semblez avoir depuis la naissance (ça s’appelle de l’anxiété) ?
  • Est-ce un moment fugace comme une bonne heure  de contentement ? Laquelle serait apportée par trois fois rien (quelques minutes de plus des exploits de Jules sous la couette, savourer sa pâtisserie préférée, s’offrir de nouvelles chaussures vraiment attendues sans s’endetter…) ? Ou au contraire distribuée par l’effet « bonne nouvelle » (recevoir les résultats négatifs de sa mammographie, gagner au loto, avoir une demande en mariage où on a le droit de refuser…) ? Décidément, le bonheur a bien des visages.

Avec bonheur, ou malheur, la science nous explique tout. La célèbre université de Yale a même un laboratoire du bonheur où Laurie Santos (article les Echos Week-end  – 27/09/2019) œuvre et vous garantit la félicité en 10 leçons ! Celles-ci se vendent même en ligne, et c’est ce qu’on voit fleurir chez nous comme la psychologie positive.

Qu’en retenir pour être heureux ?

D’abord, la prof déconstruit des images comme par exemple le fait qu’avoir un « bon » diplôme ou une « bonne » place va vous garantir la pâmoison : qu’on se le dise, ce n’est pas le niveau d’instruction qui rend l’imbécile heureux, et les golden boys ont aussi leurs sueurs froides. Ils ont de l’argent mais ma grand-mère, qui n’avait pas fait d’études bien malgré elle, disait déjà que ça ne faisait pas le bonheur, ce que confirme la chercheuse : faut bien 16 ans à plancher pour répéter ce que le bon sens paysan connaissait. Si la première a souvent pleuré, la deuxième au moins paraît heureuse de son succès.

Dans les autres trucs, y a bien le cahier de gratitude qui pourrait paraître nouveau. L’idée est de se coucher le soir en se remémorant ces petits riens qui nous ont rendus heureux, et de remercier, on ne sait pas vraiment qui, de ces bienfaits. C’est tout bonnement ce qu’on faisait avec la prière du soir à genoux au pied du lit. Si j’ajoute à mon éducation le fait d’avoir de bonnes nuits et de faire de l’exercice en allant à pied à l’école, ma mère a eu tout bon car ce sont encore des préceptes pour sortir de la déprime « découverts » par notre vedette en happy life.

Alors quoi, faut enfoncer les portes ouvertes pour remettre du sens dans nos vies, ce qui fait qu’on la supporterait bien mieux ? Ben oui, mais faut croire qu’à trop être dans l’artifice des écrans et de la consommation, de plus en plus de personnes sont fragilisées et ne connaissent plus les bases. Incroyable mais vrai. Pour peu qu’avec ça, on soit dans le biais cognitif du verre à moitié vide, on fait les choux gras des vendeurs d’anxiolytiques. Car le cerveau a une fâcheuse tendance à dramatiser plutôt qu’à considérer ce qui est déjà pas mal acquis : maintenant qu’on le sait, on peut se rééduquer tout seul pour voir la vie en rose.

Et quand bien même on n’y arriverait pas à poser nos filtres noirs, y’a toujours pas mort d’homme (euh pardon de femme). Au contraire, on pourrait se dire que c’est un entrainement. La non-réussite est là pour qu’on apprenne, mais il est vrai qu’on suit l’injonction d’être parfaite : les moules sociaux, les médias, les multiples modèles des écrans, que l’on veut imiter ou auxquels on se compare… Tout nous tourne vers ce qui serait le bonheur et rien ne nous centre sur nos fondamentaux, notre nature à développer plus ou moins selon nos potentiels. Mais au fait, à par nous-même, qui nous oblige à les suivre ces injonctions ? Il est où le bonheur, il est où ? chante Christophe Maé. Sans bruit dit-il, il est là. Coupons le son, fermons les réseaux, méditons sur nous plus souvent et on sera peut-être sur le chemin du bonheur sans le savoir… mais maintenant on le sait !

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