Serions-nous encore au Moyen Age ? Le livre « Un Lointain Miroir » nous interroge.

Une fois de plus, j’ai puisé dans ma brocante mon dernier livre de chevet. C’est un pavé qui me tombât sous la main, d’un gros format et aux pages denses de mots. Et bien que je ne m’endorme pas sans lecture, ce fût long d’en arriver à bout. Cela étant, c’est quand même 100 ans qui nous sont exposés, alors cela ne peut pas se passer en un clin d’œil. C’est un survol procuré par une auteure américaine que je ne connais pas, mais elle a l’œil assuré et perçant du faucon pour nous raconter un siècle de calamités. Historienne, elle a fait sept ans de recherches pour écrire ce livre. Selon Wikipedia, elle en a écrit d’autres notamment sur la Grande Guerre. Notons qu’elle a reçu le prix Pulitzer en 1963, c’est dire son érudition. On constate d’ailleurs celle-ci dans toutes les lignes tant les détails sont importants ; parfois ils sont même trop présents et ont le risque de prendre le dessus de l’histoire. Mais comment faire autrement tant nous avons là un écheveau de personnalités et d’égos qui en fin de compte impriment l’avancement de l’humanité ?

Recommandation lecture : un lointain miroir de Barbara W. Tuchman

Cela commence à peu près à la bataille de Créqui. C’est un nom qui m’est revenu avec la sensation de ma plume le notant à l’encre violette, cela devait être à l’école primaire où l’on avait sans doute à appréhender quelques grandes étapes du Moyen-Age. Aujourd’hui, peut-être qu’on ne l’apprend plus mais Barbara Tuchman nous explique comment alors la France et l’Angleterre guerroyaient pour garder ou gagner leurs territoires d’influence, notamment dans les Flandres. C’était en ce temps là le français qui prévalait, et non l’anglais comme aujourd’hui, mais peu importe la langue, on constate qu’il est toujours bien difficile de sortir de la guerre et qu’elle n’est que ravages. Avec son défilé de puissants, tant du côté du clergé que des nobles chevaliers, l’auteure nous montre surtout combien ils sont la plupart du temps lâches, veules et assoiffés de pouvoir.

Mais ce qui m’a interpelée, c’est le titre de cet essai –Un Lointain Miroir : le XIVe siècle de calamités– qui est à lire absolument si l’on est prof d’histoire. Sinon, on doit s’y plonger, sans se dire que c’est un roman mais qui se lit comme tel, si l’on veut s’instruire, quitte à le trouver parfois un peu lourd. Pour mieux l’absorber, j’aurais dû prendre un papier-crayon pour noter les arbres généalogiques et suivre les naissances et mariages qui sont des instruments, si ce n’est de paix, au moins de temporisation des vindictes. « Un lointain miroir », cela reste un miroir, c’est-à-dire un objet dans lequel on peut se regarder. Lointain ici signifie que plusieurs siècles nous séparent mais j’ai eu l’impression que globalement nous en étions au même stade. Bien sûr, en Occident notamment, nous avons des lois qui sont des carcans à peu près suffisants pour contenir nos plus vils instincts de guerre, mais quand on s’arrête sur l’état du monde, nous sommes bien près du 14e. Ne voit-on pas, même dans notre Europe marquée par deux guerres mondiales horribles, des hommes au sommet qui envahissent volontiers leurs voisins tout comme les Edouard, les Philippe, les Richard et autres le faisaient ? *cf date de rédaction

Comment ne pas penser à nos hommes politiques qui penchent d’un côté ou de l’autre, prétexte qu’ils se donnent pour s’arcbouter à leur pouvoir ou empêcher l’autre de le prendre, sans penser vraiment aux conséquences que cela a dans le quotidien de la collectivité ? On dirait les Bourgogne, les Orléans, les Bretagne du XIVe, qui un jour soutiennent le roi pour mieux le désintégrer le lendemain. Non pas pour ce que le monarque pourrait réaliser ou non pour le peuple, juste pour le dominer, pire juste pour remplir leur vie !

Et l’on a alors une succession de batailles et de sièges, où la violence est incarnée dans les duels au corps à corps à coup de hache et d’épée. La population est toujours mise à contribution par l’imposition, corvéable à merci, alors que les évêques et ducs pensent à leurs habits et bamboches, y compris pour aller au combat. Puis l’on se rend compte que guerroyer est une occupation souhaitée et que les chevaliers désœuvrés basculent vite dans des codes nouveaux et moins éthiques que ceux de la défense qu’ils étaient sensés assurer. Ainsi Barbara nous raconte l’avènement des compagnies, des hordes qui ne pensaient qu’à piller, incendier cultures et villages, alors que ceux-ci étaient leur garde-manger, et violer. De la chevalerie ils passaient à semer la terreur sans vergogne. J’en ai eu des hauts le cœur tant les femmes étaient maltraitées. Qu’elles fussent paysannes à la merci de ceux qui apportaient la violence en bande, ou de leurs seigneurs, ou nobles comme monnaie d’échange, ou mariées pour assurer un semblant de paix entre deux régions ou pays, elles étaient a priori non considérées ; en droit on dirait des meubles plutôt que des êtres vivants doués de sentiments. Mais ne souffrons-nous pas toujours de cette furie quand on sait les exactions encore d’actualité aujourd’hui ? A l’époque, il a fallu « inventer » les croisades pour éloigner les compagnies de nos territoires… mais elles allaient faire du mal ailleurs. Heureusement, je crois que nous avons aussi « des missions de paix » pour notre armée française…

Je passe sur la schizophrénie des hommes d’église capables de parler de spiritualité sans en prouver la moindre once dans leur attitude. Tout un pan de ce XIVe est d’ailleurs l’objet du schisme de l’église avec deux papes indélogeables qui provoquent un ébranlement de l’Europe en voulant garder leur siège. Entre Avignon et Rome, cela faisait deux prétextes de conflit tout trouvés.

Et cela a duré plus de 100 ans ! On a beau dire que c’est dans le chaos que se trouve la source du rebond, et qu’en l’occurrence après le XIVe siècle vint celui de la Renaissance, il serait temps que l’on en sorte de l’obscurantisme. A l’époque, la pandémie, c’était la peste… Décidément, ce lointain miroir reflète un peu de covid 19, de terroristes, de bandes organisées et délinquantes, de mauvaise gestion ou répartition des finances et richesses, et bien d’autres maux actuels. C’est notre passé, n’est-il pas à connaître pour l’assumer et surtout pour en faire un futur autre ? En lisant ce livre, c’est sûr on n’en a jusqu’à plus soif de notre image. *Cf date de rédaction

*Date de rédaction initiale de l’article : 11/11/2021. Un peu prémonitoire car entre-temps hélas Vladimir Poutine a agi comme tel en envahissant et semant la terreur en Ukraine. Est-ce que le « ciel » le prévoyait ou décidément est-ce l’homme qui n’arrive pas à croître en humanité ?

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