(R)éveil de conscience avec Denis Mukwege, prix Nobel de la Paix

Un de mes rituels du matin c’est d’écouter la matinale de France Inter. Elle m’aide à rythmer mon réveil de 7h30, à l’heure où mon téléphone sonne, jusqu’à 9h, heure d’arrivée au travail. Mais surtout, c’est l’une de mes sources d’actualités, la plus stable en tout cas et j’apprécie son format. Tous les matins, Léa Salamé et Mathieu Demorand, reçoivent un invité qui interagit avec les auditeurs. Mardi 12 octobre, les journalistes ont accueilli le docteur Denis Mukwege, prix Nobel de la Paix 2018, chirurgien et gynécologue, auteur de “La Force des  femmes”. Je peux vous dire que ce matin-là, j’ai pris une claque. 

Panzi Fondation

Et pourquoi me demanderez-vous ? Récit en trois actes d’une matinée prise de conscience.

Acte 1 : Il y a des hommes bons

Déjà parce que cet homme est admirable. Né dans la République démocratique du Congo, fils de pasteur, il trouve sa vocation de médecin très tôt et après avoir fait des études en Europe il retourne travailler dans son pays : “Pour moi, c’était très important de pouvoir retourner en Afrique. Là-bas, c’est un seul médecin dans un village, ou dans une ville. Cette population m’a tout donné et attendait de moi.”* Mais alors que Denis Mukwege s’était spécialisé en pédiatrie, il se rend compte assez rapidement que c’est la mortalité maternelle qui est la plus préoccupante en Afrique : “La première patiente que je veux prendre en charge ne venait pas pour accoucher. Elle avait été violée avec une extrême violence, je n’avais jamais vu ça dans ma carrière, et voilà un nouveau tournant dans ma vie.”* Il fonde alors l’hôpital de Panzi à Bukavu et devient « l’homme qui répare les femmes ».

Acte 2 : Face à l’horreur

Ma matinée prend alors un tournant plus bouleversant à mesure que j’écoute le témoignage de Denis Mukwege. Dans son livre il relate  l’histoire d’une fillette de 12 ans, victime d’un viol collectif atroce, il parle des femmes abandonnées par leurs familles après avoir subi de tels sévices ; il raconte le récit de ce jeune homme qui, après avoir été pris en otage par un groupe armé qui lui a « lavé le cerveau », a mutilé sa propre mère et violé des centaines de jeunes femmes. Car en République Démocratique du Congo, de nombreux conflits éclatent encore régulièrement, engendrant la mort, la destruction et des violences inimaginables envers les femmes.  Tous ces mots sont durs à entendre, à comprendre, à imaginer. Je suis si loin de tout ça. 

Acte 3 : Ma part de responsabilité

Et pourtant…sommes-nous vraiment si loin de tout ça ? Dans la dernière partie de la matinale, les auditeurs sont appelés à téléphoner pour témoigner et interagir avec l’invité. Pour une fois, les intervenants sont dans la bienveillance et saluent le travail du Docteur Mukwege, c’est un invité qui fait l’unanimité, on se sent petit à côté. Vient alors le dernier coup de fil, une jeune femme qui explique qu’elle n’achète pas de smartphones et autres appareils numériques qui ont pour composants des terres rares. En partie extraites dans des pays comme la République Démocratique du Congo, ces matières premières qui valent de l’or (et du sang) sont à l’origine de la majorité des conflits qui engendrent ces violences insoutenables envers les femmes.

La culpabilité m’assaille. N’ai-je pas moi-même alimenté ce terrible système ? Moi qui, il y a quelques semaines à peine, alors que mon téléphone me lâchait après 5 ans de bons et loyaux services, ai craqué face aux sirènes d’une promotion de rentrée pour un smartphone neuf ? Je me suis donnée une bonne conscience en me disant qu’au moins je l’avais déjà bien fait durer cet appareil (les gens en changent en moyenne dans les deux ans). Et je l’avais pourtant assuré que j’achèterais un appareil reconditionné sur Back Market. Mais le marketing à eu raison de mes convictions et, en ce mardi matin, je m’en veux en écoutant Denis Mukwege. 

A la veille du déploiement de la 5G, qui va engendrer un renouvellement en masse des smartphones pour beaucoup, il faut encore plus penser à ceux à l’autre bout de la chaîne. Nous avions déjà écrit sur la révolution numérique mais là, c’est combien de vies brisées dans le coût de nos appareils flambant neufs ? 

Je fais une promesse aujourd’hui, je n’achèterai plus de smartphone, d’ordinateur et autres tablettes, neufs : ce sera déjà ça en moins de fabrication criminelle. Peut-être qu’un jour j’arriverai à faire sans, point barre, mais en attendant je fais un pas pour faire mieux.

>La force des femmes”, Denis Mukwege, Gallimard.

> Pour faire un don à la fondation du docteur Mukwege

*Source : France Inter, « Le Grand Entretien », mardi 12 octobre 2021

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