Livre : un bon coup de jeune par Alix Girod de l’Ain

Certaines des femmes de mon âge sont déjà grand-mères depuis longtemps et je me dis souvent que ça doit être encore un de ces stades qui vous fait sentir la vieillerie qui vous gagne. Pour l’instant, ce sont les factures du dentiste ou les trous de mémoire qui me font comprendre que l’âge grandit mais tant que je ne suis pas appelée Mémé ou Mamy, j’ai l’impression de ne pas avancer trop vite. Et puis quelle chance, j’ai encore mes deux parents en forme, alors je me sens toujours petite fille ; mon âme est pleine d’entrain et d’angoisses comme à mes vingt ans malgré un corps qui se délabre un peu. Tout ça, Alix Girod de l’Ain le raconte avec humour dans son livre « un bon coup de jeune » que je viens de terminer. Léger et facile, si vous avez envie de rire (même un peu jaune parfois tant il renvoie notre reflet), il peut suffire.

livre un bon coup de jeune

Je connais l’autrice depuis longtemps pour ses chroniques et articles plein d’humour, alors un livre d’elle ne pouvait qu’être de cette même verve. « Un Bon Coup de Jeune » raconte l’histoire d’un couple qui a déjà une bonne longévité —c’est-à-dire que vu le nombre de divorces, ils ont tenu au moins plus de dix ans et fait trois enfants— et qui arrive à un âge où il est dit qu’il y a une crise. Que celle-ci soit de la quarantaine ou de la cinquantaine, voire même de la soixantaine vu l’allongement de la durée de la vie, elle vous donne envie de ressusciter votre adolescence ; laquelle vous n’avez d’ailleurs pas forcément vécue car à mon époque, on parlait tout juste des « teenagers », concept importé donc des pays anglo-saxons. Alors quand Alice, l’héroïne, se voit en photo avec son mari, elle peut se sentir dévastée face à ses jeunes années si lointaines et pourtant si proches, et avoir envie de les retrouver. Et voilà qu’elle met au pas toute la famille, à commencer par son mari pour qu’il se reprenne en main : pas question de laisser aller les plis de son ventre à la gravité alors qu’elle-même se rafistole les seins.

Alors nous vivons les transformations, les doutes, les quiproquos de la famille. Malgré la caricature de la branchitude parisienne, ils travaillent tous deux dans les médias et la pub, on s’identifie quand même. Car le moral et les rides, ça touche tout le monde. Et les descriptions sont tellement réalistes que vous vous voyez servant la soupe —celle qui est faite maison quasiment tous les jours et que tout le monde trouve ça normal— comme si cela se faisait tout seul ; les éclats de rire fusent lorsque vous visualisez votre mari qui veut rester « djeuns » alors qu’il connaît tout juste Camilia Jordana (je prends quelque chose de facile) ; et que la nouvelle coupe du costume, conseillée par son stagiaire qui va bientôt piquer son poste, lui fait entrer le pantalon dans la raie des fesses. Plus sérieusement, sont abordés la lassitude du quotidien, le doute qui s’installe quand une jolie fille passe et que le conjoint la regarde un peu trop… et que malheureusement, l’inverse n’est pas vrai, quelques cougars mises à part.

Alice raconte ce que l’on vit comme des mesquineries au travail ou dans la société globalement. Passée 45 ans, on a beau faire chauffer la carte bleue chez le coiffeur, l’esthéticienne et la relookeuse, y’a pas à dire, on devient transparente. Non, ce n’est pas le monde qui vous en veut, encore moins la jeunette bardée de diplômes, belle comme un cœur et dont les réseaux sociaux n’ont pas de secrets : elle cherche simplement sa place grâce à ses compétences sans se rendre compte que sa simple présence vous donne l’impression d’être poussée à l’extérieur. Bref, reste-t-il encore une amie pour vous comprendre dans ce monde de fous ?

Ce petit livre est bon pour se moquer sympathiquement de nous. Il vaut mieux sourire que pleurer de cette affaire d’avancement en âge qui nous touche tous (c’est peut-être là l’égalité de la fraternité ?). Alice, en voyant sa photo avec son mari, en a pris conscience en disant « mais on dirait une photo d’amis de nos parents »… L’expression de mon père est tout autant savoureuse « nos enfants sont bientôt aussi vieux que nous »… Au moins, l’humour garde sa fraîcheur !

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