Livre : Au temps des tempêtes ou les dessous du métier de Président

De loin, on peut se demander quand Nicolas Sarkozy n’a pas été dans la tempête… J’ai l’impression que la mer calme, ce n’est pas pour lui. Je crois avoir entendu son nom pour la première fois alors qu’un forcené menaçait de son arme une maternelle de Neuilly-sur-Seine dont il était le Maire. Ce courageux homme avait été vu en bras de chemise attraper un bambin pour l’éloigner des menaces. Ce n’était pas si mal estimais-je. Comment aurait-il pu faire autrement que de ne pas passer alors à la télé quand toutes les chaines étaient à scruter le couloir de l’école ? Un gosse de plus sur le bras, délivré après une négociation avec quelqu’un qui n’a rien à perdre, ce n’est pas donné à tout le monde,  Naïve que j’étais, je ne pensais pas que beaucoup l’attaquerait sur cet acte qui, chez d’autres serait qualifié d’héroïque.

livre le temps des tempêtes de Nicolas Sarkozy

La politique politicienne, je n’en ai pas envie et n’y connais rien. Donc, je ne parle pas ici de partis politiques ou de parti pris pour cet homme, dans un sens ou un autre. Non, simplement j’ai envie de considérer un homme, des postures, des fonctionnements sociaux qui nous échappent. Lorsqu’il a été élu Président français, j’ai eu l’impression que durant son mandat, quoiqu’il fasse, il était toujours vilipendé, comme s’il y avait eu à partir de lui un degré supplémentaire de passage au microscope des critiques. Et l’occasion m’a été donnée lorsqu’un ami m’a prêté le livre que l’ancien président a écrit lors du confinement de 2020 : c’est « le temps des tempêtes ». Il est marqué comme Tome 1, alors on peut imaginer qu’il y aura une suite.

Ce livre m’a instruite sur la fonction de Président de la République. Cela demande bien des compétences, comme pour un métier à parfaitement maîtriser, et des capacités physiques et psychologiques hors pair.

Poste à pourvoir : Président de la République

  • C’est incroyable le nombre de voyages à entreprendre ; il faut vraiment avoir la santé, moi je ne tiendrais pas une semaine ! On a beau avoir un jet avec lit et fauteuils confortables, du personnel au petit soin, on ne peut pas supprimer les décalages horaires, les changements de régimes (avec mon appétit d’oiseau, et ma sensiblerie, cela me serait bien difficile de m’adapter à tous les banquets), les réunions imposées, les retournements de situation qui s’appellent guerre ou crash boursier. Non décidément, moi qui suis retournée à la moindre dispute et terrassée par la violence, je ne peux qu’admirer ces personnes qui gardent le cap pour décider.
  • Avec les explications de notre ex-président, on constate que les choses sont loin d’être noires ou blanches, et on a un angle de vue sur sa logique d’intervention. Décidément, c’est un homme qui a voulu agir, non pas pour lui (je suis prête à croire à sa sincérité car j’ai fait son thème astrologique chinois -vous savez, c’est l’une de mes compétences), mais pour faire bouger l’inertie, voire l’immobilisme, dans lesquels toute décision politique est empêtrée. Cela commence par notre pays. Ne constate-t-on pas que chacun dit que « ça va mal et qu’il faut changer quelque chose »… mais à la moindre idée de passer à l’acte, le rue s’échauffe et l’intérêt personnel revient au galop pour rouspéter. C’est ainsi qu’il a pris les choses explique-t-il : voir un peu plus largement, avancer sur des dossiers gelés et c’est pour cela qu’il a été traité « d’omniprésident ». Il le reconnaît lui-même : ne rien lâcher, suivre la moindre petite réforme, sinon elle se perd dans les méandres du haut fonctionnariat.
  • Nicolas Sarkozy raconte aussi des anecdotes sur ses entrevues à assumer alors qu’il était bien souffrant (les négociations n’attendent pas que l’on ai bien digéré le plat de la veille…), discussions que l’on découvre dans son livre à un niveau cours de récréation, ou de marchands de tapis assez souvent. Décidément, les décideurs sont avant tout des hommes communs : qui fera pipi le plus loin depuis le préau pourrait-on s’amuser, ou encore combien j’ai de meilleurs amis pour jouer aux billes ?
  • Il a un côté petit garçon qui raconte avec émerveillement ses rencontres avec les « grands de ce monde ». Des personnalités spirituelles comme le Pape aux dictateurs, il y en a pour tous les goûts. Bien que l’on connaisse les travers de chacun, il faut faire avec.  Ménager la chèvre et le chou sur les dossiers ultra complexes qu’il faut gérer et en fin de compte assumer seul. Là encore, j’ai été étonnée et plutôt rassurée de voir que « Sarko » n’était pas blasé, qu’il découvrait encore et toujours la race humaine qui en fin de compte se cache derrière le prétexte de la rationalité pour structurer ses émotions qu’elle ne sait pas bien maîtriser ; ou tout simplement que la perception ou la valeur de l’humanité était bien différente selon notre pays de vie. Que faire de mieux à part nouer le dialogue ? Quelle autre solution que des bombes ou des chars pour arrêter un despote qui n’a pas encore percuté sur les Droits humains ? La philosophie peut-être pour accepter l’inacceptable… En lisant ce livre, voici les questions que l’on peut se poser et j’avoue que je n’ai pas le caractère pour trancher, alors je ne vais pas trop baver sur ceux qui l’ont. Bien que je préfère largement les options non va-t’en guerre. En comparant les actes de nos Présidents, on pourra constater si Sarkozy a ce penchant…
  • Oui, j’ai trouvé que ce poste demandait des épaules bien solides pour tout porter, tout encaisser, tout impulser et finalement toujours être dans le mauvais camp car l’homme ne peut pas faire l’unanimité. Décidément, Il ne faut pas être fait comme le clampin moyen pour supporter tout ça…

J’ai aussi remarqué l’écriture de Nicolas Sarkozy. On le retrouve un peu comme il parlait, avec ses petits mots et phrases reconnaissables entre mille. Dans le livre, cela m’a fait sourire et mon cerveau ajoutant les mimiques, on peut comprendre que certains y voyaient du Louis de Funès. J’y ai perçu une forme d’authenticité car il n’y a pas de mascarade de communication dans ce « naturel » d’expressions : on peut être d’accord ou pas sur le fond des idées, mais on ne peut guère reprocher une forme alambiquée. Pour sûr, bien qu’il fût critiqué vilainement pour son « manque de culture », il faut quand même souligner qu’il manie allègrement le passé simple, et qu’il a des connaissances que je n’ai pas !

Mais n’exige-t-on pas des autres ce que nous n’atteindrons pas nous-mêmes en l’occurrence ? Car le collectif est ici bien plus exigeant : toutes ces têtes réunies trouvent certainement une faille intellectuelle chez un seul homme à scruter. Ce livre invite à reconnaître que la tâche est rude, que l’énergie à déployer est colossale… tant qu’à choisir, ne devrait-on pas considérer d’abord celui qui mouille sa chemise pour les autres plutôt que ceux qui font de beaux discours ? On a reproché à Nicolas Sarkozy ses sorties mémorables comme « le karcher » ou « casse-toi pauvre con » sur lesquelles il revient dans son récit. Et bien, remises dans le contexte, on comprend mieux le courroux de cet homme dont le caractère est réactif. La presse en fait ses gros titres, on réagit à chaud, et voilà, tout s’emballe. Notre Nico serait sans filtre parfois ! Un peu comme nous quoi : pour se décharger, répond-on toujours correctement, sans vague ? Certes « un Président ne devrait pas dire »… certains mots dirait son homologue François Hollande !

Dans ce premier tome, qui représente seulement un an de Présidence de la République, cela donne le tournis tant l’année a eu d’événements. Je retiens des choses réalisées que j’avais oubliées. Comme par exemple, la place des femmes que ce Président a tenté de leur donner (au passage, il ne fait pas l’impasse sur ses histoire de cœur, et l’on devine qu’il est facilement chaviré sur ce plan). Un Ministre sur deux : une femme, du jamais vu. Du ferraillage, mais du respect, avec Angela Merkel, pour faire avancer l’Europe : et l’on y découvre les petits coups de fil attentionnés. Ou encore appuyer Christine Lagarde pour le FMI. Il y a aussi eu sa création de l’Union Pour la Méditerranée : une prouesse que de rassembler autour d’une table une quinzaine de Chefs d’état qui ont des cultures opposées, qui ne se parlent pas depuis des lustres ou qui sont même en conflit. Cette mer rassemble des civilisations, des continents, de l’économie, des flux migratoires, de la pollution à traiter et bien d’autres : cette piste de réflexion et de rassemblement m’a paru tout à coup intéressante… mais le successeur de M. Sarkozy n’a pas donné suite.

Alors « Au temps des tempêtes » porte bien son nom : si Nicolas Sarkozy a l’appétence de les affronter, cet ouvrage doit dépasser l’image de cet homme pour considérer ce que c’est qu’être Président de la République. Les dilemmes, les conflits, les accompagnements humains, les décisions, les stratégies : tout cela demande bien du cran et des qualités qui ne se déclinent pas toujours dans un programme. Alors si celui de NS n’était pas foncièrement ma tasse de thé, je lui reconnais cependant à travers ses écrits bien des capacités. Il a su me faire réfléchir, il m’a étonné par son analyse des situations. Il a l’intuition pour cerner rapidement les personnes qu’il côtoie et dont il brosse aisément le portrait. Son livre est loin d’être un roman qu’on ne lâche pas tant il nous ferait rêver ou serait plein de rebondissements. Mais à coup de petits chapitres, on découvre des aventures diplomatiques, on cerne sa personnalité somme toute ouverte et altruiste. On le reconnaît presque comme le copain qui met une claque sur l’épaule pour dire « allons-y, on bouge, on passe à l’acte car les discours, j’en ai ma claque ». Quitte à partir un peu dans tous les sens, à en faire trop peut-être : mais il a pris la place pour être dans l’action. Même s’il n’a pas fait ce que nous attendions individuellement, Nicolas a mouillé sa chemise pour la France.

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