Sérénité des seins

Quand le moment fût venu, j’ai étudié la question d’allaiter mon bébé. Petite, j’avoue que je me posais bien des questions en voyant les « jolies mamans » avec leur nourrisson au sein, la plus dérangeante dans mon cerveau étant de me demander comment l’enfant en mordant sa mère ne lui faisait pas mal. Cette impression corporelle m’est toujours restée bien qu’en me cultivant j’ai su que les nouveaux nés n’avaient pas de dents et que les petites quenottes étaient bien peu dérangeantes pour sucer un bout de sein. Mais enceinte, il a bien fallu prendre position : soit je passais cette sorte de « souvenir construit de toute pièce » pour voir tous les intérêts de l’allaitement maternel, soit j’abandonnais l’affaire.

Qu’on se le dise, cet article n’est pas du militantisme pro-allaitement, et en femme bien consciente de l’être avec toutes ses fragilités, je ne blâmerai pas celle qui ne veut pas se rapprocher du stade femelle version primaire et spectaculaire —si ce n’est déjà fait en accouchant, ou simplement naturellement. Je dois pourtant concéder que ma synthèse d’informations indique que le lait maternel est bien meilleur que le lait maternisé, tant pour la mère que pour sa progéniture. Alors j’ai franchi le pas. Au-delà de faire du bien a priori à mon bébé, entre autres qu’il ait plus de chance d’être intelligent, c’était la promesse de retrouver la ligne rapidement. Et ce fût vrai au moins pour ces deux indications : en six mois j’avais retrouvé mon ventre plat et mon allure de jeune fille. Et je ne ferai pas de commentaire sur mon enfant devenu grand et brillant. Tous les avantages de l’allaitement sont à découvrir dans nombreux reportages, livres et sites internet comme Naître et grandir. Mais je veux vous parler ici d’une autre indication des saveurs du mamelon.

Je vous ai déjà parlé de mes goûts pour le parfum. Dans mes collections de senteurs, j’ai des « concrètes », c’est-à-dire des parfums solides. Eh bien figurez-vous que cette technique d’enfleurage de cire pourraient servir de modèle pour capturer les hormones des femmes allaitant !

Intuitivement et de messages de « bonne femme à bonne femme », j’avais arrêté de me parfumer pendant de nombreux mois alors que j’avais eu mon bébé. Ne sachant pas trop pourquoi si ce n’est que le tout petit reconnaît l’odeur de sa mère, j’étais loin d’imaginer que mes seins gonflés étaient un anxiolytique puissant ; j’aurais alors encore mieux supporté les petits désagréments de nouvelle maman. Incroyable mais tellement formidable que cette nature : les aréoles des seins de la maternité sécrètent de l’antistress pouvant rendre sa bonne humeur à un cortège d’enterrement. Selon un encart du Dauphiné Libéré (12/04/2021), le professeur Pageat en a fait la preuve et annonce bien des vertus à nos phéromones produites à l’occasion d’une naissance. A priori, cet homme est du sud, pas très loin de Grasse, est-ce pour cela qu’on va faire le lien avec le parfum ?

Car oui, il est question de mettre en boîte ces hormones de la détente. L’idée est de prendre le suintement précieux de l’aréole des jeunes mères et de l’intégrer à un baume, comme pour mes concrètes de parfum. Moi qui trouvais que cette humidité autour de mes bouts de sein était sujette à crevasse, si j’avais su, j’en aurais fait des choux gras. A 20 euros le petit pot, nous promet-on, pour éviter le trac ou nous donner des ailes, j’en avais à vendre ! Après le placenta, voilà que nos hormones maternelles vont être aussi à récupérer. Que les femmes font du bien. Dommage qu’après le passage au labo pour la confection du produit cela ne se sache plus trop… Qui pensera, en humant un bloc de pommade pour se désinhiber ou mieux dormir, qu’il y a derrière une femme qui a fait don de ses liquides corporels ?

Décidément, Molière proposait de couvrir les seins qu’il ne saurait voir car ils font venir de coupables pensées… Entre aider son prochain ou contribuer à l’enrichissement des drugstores, mon cœur balance. La sérénité des seins resterait-elle encore et toujours ambiguë ?

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