Le monde de Sophie : philosophie en roman

Je ne sais pas pourquoi, « le Monde de Sophie » me faisait penser à Alice au Pays des Merveilles. Toujours est-il que je n’avais jamais lu ce livre qui restait tapi dans ma mémoire depuis sa parution, c’est-à-dire il y a 25 ans environ. Et au hasard d’une brocante, voilà qu’il me fait un clin d’œil. En parfait état, je vois ce livre de poche qui me tend les bras, ou plutôt la main puisque c’est la représentation de sa couverture. Et au hasard de l’ouverture des pages, l’allusion à un lapin blanc dans lequel nous Terriens nous nous cacherions, fait tilt. La coïncidence est trop grande pour ne pas la saisir et je tends mon euro au vendeur. A bien regarder de près, la main est dans la posture de tenir un ballon de baudruche remplacé par un petit arbre, et en lisant la 4e de couverture, voilà qu’il est question d’un roman initiatique : tout un programme.

Roman le monde de sophie par  Jostein Gaarder

Je ne pensais pas aussi bien dire : c’est vraiment le programme scolaire de mon bac philo. Que d’intérêt j’ai ici à (re)découvrir notre civilisation à travers les philosophes que ma professeure n’avait pas su me transmettre ! Ses cours n’étaient que récitation de concepts sans le moindre débat dans la classe alors que la philosophie devrait servir à cela. Dans ce livre, nous partons de la Grèce antique pour arriver à nos jours et avons une fresque des principaux penseurs sur au moins deux millénaires. J’ai d’ailleurs été étonnée de voir leur différence, et leur complémentarité aussi, ou leur continuité. J’ai même fait des ponts avec le peu de philosophie orientale que je connais, et l’on peut comprendre à travers ces histoires pourquoi nos religions et politiques en sont là. Car nous avons une telle cohérence de récit et une simplicité mais complète explication des préceptes que l’on s’en trouve savant et surtout ayant envie de reprendre la philosophie et tous nos classiques.

Car nous partons d’avant Socrate ! Celui-ci bien sûr est dépeint : errant sur les places de marché à interpeler le peuple pour « qu’il se connaisse lui-même » —encore que, cette maxime est-elle bien de lui ? Mais surtout pour le faire réfléchir et évoluer. Encore un incompris qui mettra le doigt sur les contradictions des gens et en sera condamné à boire la cigüe. Ça je ne l’avais pas oublié : imaginez un huluberlu qui vous interpelle à Carrefour et vous dise « qui es-tu ? ». Certes, on n’assisterait pas son suicide mais on appellerait sans doute la police pour un placement d’office à l’hôpital psychiatrique. Pourtant de cet intelligent hors normes, on enchaîne avec Platon. Avec son improbable caverne qui m’a fait souffrir sur les bancs de l’école ! Avec les mots de Jostein Gaarder, j’ai compris que Platon proposait de changer d’angle de vue pour « retourner notre vie » ; sortir de sa grotte quoi, se tourner vers la sortie alors que nous nous obstinons à regarder un film sur le fond. Mais avant d’en arriver là, nous sommes passés par les philosophes de la nature où déjà l’on voit les prémisses de notre écologie moderne, ou encore par le destin : existe-t-il ou pas ? peut-on le prédire ou non ?

Je fais un grand saut sur Aristote, Saint Thomas d’Aquin, nos philosophes des Lumières et tant d’autres qui construisent notre pensée, qui parlent de la place des femmes, de la science, de la démocratie, de la liberté, du raisonnement logique. Toute la construction rationnelle est régulièrement (re)mise en cause par la pensée globale, la psychologie —ou plutôt la psychanalyse de Freud, sans compter Spinoza ou Kant qui peuvent parler de « Dieu », ou encore le New Age. Impossible de dire qui a tort ou raison en fin de compte, il y a juste à vouloir comprendre et faire le mieux possible. Ouf, me voilà rassurée quant à ma place d’humaine malgré mon penchant pour les sciences parallèles non avouable dans notre société scientifique. Je n’en serais même peut-être pas plus déraisonnable que les scientistes après tout ! Et si je venais d’une autre planète, ou si encore j’étais simplement l’héroïne d’un roman que vous liriez et croiriez que c’est votre vie ?

Oui, vous lisez bien : au fil des textes de philosophie parfaitement digérés, est introduite cette idée que nous pourrions être imaginaires, ou que nous n’apparaîtrions qu’à travers notre double qui serait incarné, et encore, seulement dans un monde lui-même peut être inexistant à l’échelle de l’univers. Il y a de quoi vous donner le tournis au plus on avance dans la lecture qui s’en trouve parfois un peu compliquée. Je ne sais pas si c’était la fatigue de se concentrer sur chaque mot qui nous rend intelligent, ou de me dire que parfois on approchait de la physique quantique, mais ce livre a fait fonction de parfait soporifique. Quelques pages et je tombais le nez dessus : bon, il y avait tant à réapprendre que cela suffisait bien.

Mais que j’aurais aimé que quelqu’un le lise en même temps que moi pour que nous puissions échanger ensuite nos points de vue. Au fil des pages, les philosophes nous proposent une version de grandir et mettent à l’épreuve notre perception du monde, et cela mériterait bien un petit débat. Ce livre nous aide aussi à nous comprendre, il explique nos maux d’êtres humains conscients qui ne demandent qu’à moins souffrir. Le tout est enveloppé dans l’histoire d’une jeune fille —ou plutôt de deux si l’on considère son double ? Enfin, c’est ma version, mais peut-être verrez-vous Sophie autrement que moi— laquelle est amenée à suivre tous ces cours de philosophie. Je ne vous dirai pas comment ça se termine. De toute façon, cela ne se termine pas : les questions sont infinies et sans réponse. Ce livre m’aurait-il initié ? En tous cas, il me paraît un fondamental de bibliothèque.

Et vous, l’avez-vous lu ? Le Monde de Sophie – Jostein GAARDER – Points Poche

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