Ménopause : la pause revigorante

Récemment j’ai vraiment apprécié le reportage d’Infrarouge dont le titre tout à coup m’a paru provocant : un seul mot, un grand choc, un tabou, un fait social (11 millions de personnes environ)… « Ménopausées ».

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Il m’est alors revenu une petite phrase acerbe : « cette bande de ménopausées », prononcée par le Président d’une association, dérangé dans son pouvoir par des quinquas, ou mieux par des « sexygénères », toutes sans leurs règles donc, mais voulant faire évoluer le règlement. Malgré la défense de l’écologie qu’il promouvait –cela aurait dû pourtant lui apporter une vision globale des cycles humains– il ne supportait pas ces femmes qui osaient enfin prendre la parole face à sa dominance, tout en étant moins séduisantes à ses yeux. Et voilà que j’en fais partie de ces femmes que l’on a trop souvent rangées dans les mégères, moustachues, vieilles peaux et j’en passe, alors qu’elles ont encore de la verve et des envies.

Car il faut bien le reconnaître, nous les femmes avons un âge social peut-être encore plus ressenti que pour les hommes, qui n’est ni celui de nos artères ou de notre état civil, ni celui de notre esprit. Nous vivons des cycles temporels marqués et marquants car ils sont faits de sang. La ménopause signe un passage que l’on vit encore comme une fin. Or un passage, c’est une fin et un début. Et voir ces femmes intelligentes et resplendissantes parler de leur ménopause avec simplicité et réalisme à la télévision a été enchanteur : à vos replay !

Que se passe-t-il donc dans notre société pour qu’on ne se penche pas plus sur la question ? Est-ce parce que la ménopause ne peut pas être partagée par le masculin, comme la grossesse ? On a progressé sur cette dernière, on a gagné des congés maternité et parentaux, on est suivie médicalement… peut-être trop au point d’oublier que ce n’est pas une maladie. Tout comme la ménopause d’ailleurs, que l’on cantonne aussi dans le secret des cabinets médicaux. Y-aurait-il à mettre en route une éducation à la ménopause tout comme l’éducation sexuelle des années 70 ? Car la ménopause touche des millions de femmes qui sont impliquées dans la société. Quid de leur confort au travail par exemple, quand on doit gérer des sauts d’hormones peut-être plus forts encore que ceux de l’adolescence ? Quid de leur ventre qui gonfle et des kilos en plus quasi systématiques et incontrôlables qui leur rappellent que leur jeunesse s’en va, tout comme le mari qui reluque les jolies filles d’au moins 10 ans de moins qu’elles ? Et si cette prise de poids était aussi à prendre au sens figuré, comme une présence plus forte ou des prises de position assumées ? Car tout à coup, ces femmes se retrouvent à constater qu’elles ont passé leur vie au service de leur famille et de leur travail et qu’elles en ont oublié leur profondeur. Alors que c’est désormais là qu’elles ont engrangé bien des savoirs et qu’elles ont envie de projets, d’une nouvelle (re)naissance. Et le bât blesse alors qu’elles s’expriment en pensant à elles, qu’elles laissent tomber la charge du devoir conjugal à tous les sens du terme ou qu’elles souhaitent encore et plus que jamais construire le petit avenir qui leur reste, alors que le conjoint n’aspire qu’à une vie de retraité planplan (on pourra parler d’andropause, genre d’équivalent masculin de la ménopause, une autre fois 😊).

Même leur propre mère leur en parle peu, ou tout juste une vague question sur « leur retour d’âge ». Comme si l’on avait juste passé une étape dans notre condition de petite fille dans cette société ignorante de la fatigue, des maux de tête, des suées et autres symptômes gênants mais pas invalidants pour nous mettre au rebus, que la ménopause apporte. C’est vrai que dans nos têtes, nous avons toujours « trente ans » ou même moins pour nos émotions : la ménopause nous aiderait-elle à constater que notre âme ne change pas alors que les poils migrent des jambes au menton, signe que notre corps vieillit bel et bien. Alors on retrouve de la vigueur pour accoucher encore de nos multiples pensées à défaut d’enfant.

Entre deux tubes de granules sépia (hélas, l’homéopathie a perdu du terrain), des essais avec les gélules de Yam pour éviter les bouffées de chaleur naturellement plutôt qu’avec les hormones des grands laboratoires pharmaceutiques, ces (futures) vieilles, comme Laure Adler assume de le dire et l’écrire, n’ont pas (encore) le vent en poupe. Benoîte Groult indiquait qu’elle était devenue « transparente » et c’est vrai que l’on se sent moins regardée, moins écoutée pour les décisions que l’on a pourtant su prendre. A quand la parité dans les Conseils de Sages, apanage de ceux qui dans un autre temps avait bien dépassé la cinquantaine ? Tiens, voilà un nom non genré qui pourtant est longtemps resté masculin : comme quoi, ce n’était pas la peine de mettre à mal notre grammaire et orthographe pour ne pas y accueillir à bras ouverts les ménopausées. Et « voyageuse de nuit » (L. Adler, Grasset), ça vous dit comme qualificatif de cette étape ? Après la nuit, le jour se lève toujours, demain, la ménopause sera une pause à la mi-temps de vie.

2 réflexions au sujet de « Ménopause : la pause revigorante »

  1. sujet formidable à traiter ! (on n’en parle pas assez!). Il me rappelle une superbe comédie où 4 jeunes femmes racontent leur galère en tant que ménopausées (ça s’appelle Ménopause justement) 😀

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