Grâce aux parfums…de Grasse

La famille chez qui j’étais « fille au pair » habitait GRASSE, cité des parfumeurs. C’est ainsi que j’ai découvert la région et ses petits villages qui, depuis, ont perdu leur vocation agricole traditionnelle de la culture des fleurs. Déjà à cette époque, nous sentions les prémices de la délocalisation par le transfert des productions en Tunisie. Aujourd’hui, ce sont des villégiatures de vedettes et de fortunés que les touristes s’empressent de visiter. C’est avec plaisir que j’ai fait partie de ces promeneurs cet été : ce fût une mini-cure de jeunesse parfumée.

Parfums de Grasse
Pinterest me !

Les vieilles pierres n’ont pas changé de place et leur charme pittoresque reste intact lors de la déambulation. Il y a peut-être un peu plus encore de galeries d’artistes, surtout à Saint-Paul-de Vence, et l’on sent l’air du temps : pas celui des alambics aux huiles essentielles ou des enfleurages qui étaient le labeur des siècles précédents, mais celui du « marché bio », « de petits producteurs », etc. Toutes les boutiques tentent de marquer « fabriqué localement » sur au moins quelques uns de leurs produits, et l’on arrive bien à repartir avec des sachets de lavande, un savon ou des torchons provençaux.

Ces petits périples m’ont donné l’occasion de me remémorer ma vie en parfum. Depuis son étape grassoise, j’ai toujours aimé ces odeurs, et peut-être plus encore les flacons tant c’est du beau design. Sans vouloir en faire une collection, j’en ai acheté, on m’en a offert et j’ai côtoyé des esthéticiennes et parfumeuses en tant qu’amies ou pour mon travail. C’est ainsi qu’à un moment, je pouvais retrouver les noms des crûs rien qu’en les sentant, et que j’en ai eu jusqu’à 52 je crois dans ma salle de bain… Et puis, leur dénomination fait toujours rêver tout en faisant passer un message : est-ce que Magie noire (Lancôme) m’allait à merveille parce que je suis une sorcière bien aimée ? J’ai eu 20 ans comme Calèche (Hermès) et j’en ai eu pour fêter ma jeunesse : la petite bouteille dans son écrin offerte pour l’occasion est peut-être devenue collector ? Et Yves Saint-Laurent ne se privait pas de parler de l’Opium, tout comme Jean-Paul Gaultier exulte Le Mâle. Et Paco Rabane continue ses créations métalliques avec ses lingots d’or en offrant des Millions de son nectar à femmes et hommes. Et mille autres !

Aujourd’hui, je suis moins acheteuse de ces jus. D’abord parce qu’il faut bien liquider un peu le stock. Et puis, pour que mon bébé s’imprègne de l’odeur réconfortante de sa maman, j’ai arrêté un temps. Et si l’on se penche un peu sur les compositions, certains parfums peuvent accueillir des allergènes ou des produits synthétiques. Leur fabrication est souvent délocalisée de leur terre natale car la culture des fleurs est moins chère à l’autre bout du monde que dans les Alpes Maritimes. Si les conceptions et les nez sont souvent l’apanage du savoir-faire français, les petites mains le sont moins. Sans parler du coût de ces jolis produits : c’est du luxe mais on sait si bien nous le vendre ! Le parfum, c’est un peu comme le vin, ou l’art : doit-on acheter parce que la senteur nous plait, et dans ce cas, une bonne eau de Cologne peut largement suffire (mais le snobisme fait dire que cela ne va pas avec son standing… bien qu’elle redevienne tendance avec ses fragrances vintage et naturelles) ou parce qu’elle porte un « grand » nom ?

Donc, j’ai revisité la Source Parfumée à Gourdon, et chaque boutique de senteurs m’a happée au fil de mes promenades villageoises. Et voilà que j’ai craqué de nouveau. Pas pour moi, mais pour mon mari. Lorsque j’ai vu la devanture de la Maison Godet, je savais que je succomberai à cet acte d’achat, d’abord pour lui faire plaisir, et ensuite parce que j’avais envie de suivre cette gamme si joliment présentée par deux jeunes filles prenant leur rôle à cœur. La boutique est au cœur de Saint-Paul de Vence et elle n’a pas cédé aux codes du modernisme épuré : des jeux de transparence multiplient les flacons quasi désuets avec leur poire de vaporisation, les meubles sont bien réels.

Est-ce encore un coup de marketing ou véritablement une vieille maison ? En tout cas, l’entreprise existe depuis quatre générations ; elle ne semble pas avoir des points de vente partout sur la planète et explique qu’elle reste dans les senteurs locales en se fournissant sur les hauteurs. Les fioles sont soufflées et taillées par l’homme (on n’est pas loin de Biot, bien connu historiquement pour ses verreries mais il n’est pas précisé que cela vient de là) et l’innovation est de se parfumer avec un bouchon doseur d’une goutte du précieux liquide. Quoi de plus tentant ? Se laisser guider par ce que l’on hume dans les cloches de porcelaine : une autre technique que la bande de papier, plus efficace pour concentrer les arômes. Et hop, on s’envole dans un grand champ de roses mâtinées de figuier. D’un commun accord avec mon bien aimé, nous avons opté pour Rendez-vous au Cap Ferrat : décidément, Sonia GODET reprend le flambeau azuréen. Et ça fleure bon le Made in France !

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