Révolution numérique ou révolution verte ?

Qui ose encore résister au numérique en recevant ses factures par la Poste en version papier ? A grand coup de slogan « faites un geste pour la planète » sur leurs enveloppes, nos fournisseurs d’énergie, de téléphonie ou bien d’autres, nous culpabilisent d’être encore à l’heure du siècle passé. Et si c’était du langage un peu trop verdi ?

révolution numérique ou révolution verte

Les arbres de la forêt, tant qu’à faire gérée de façon durable, pousseront encore alors que nous serons peut-être morts de nos excès numériques qui réchauffent la Terre si ce n’est plus, bien autant que la filière papier. Oui, j’ai bien écrit « résister » car la pression sociétale est très (ou trop) grande pour que l’on change nos habitudes de communication. Et pourtant, à regarder de plus près, qui pollue le plus entre le papier et sa distribution physique, et la création de « comptes-clients » et son cortège d’envois de « docs », d’autant plus qu’à l’arrivée souvent nous les imprimons pour mieux les lire et les conserver ?

Sans parler des impacts sociaux liés à cette transition du papier vers les données électroniques (chômage, fermeture des guichets physiques, difficultés d’appréhension des nouvelles technologies chez des personnes jusque là autonomes, virtualisation de la réalité sur laquelle il y aurait beaucoup à dire, …), j’ai eu le plaisir de lire récemment que notre Sénat s’emparait de ce problème et appelait à « l’éco-responsabilité du numérique ».

Le Rotary mag de février 2020 a relaté que l’empreinte de la pollution numérique était bien réelle, arguant que si Internet était un pays, il serait le troisième consommateur mondial d’électricité, juste après la Chine et les États-Unis. On n’est pas près de sortir des centrales nucléaires notamment dans notre pays où le numérique représente déjà, malgré son jeune âge, 2 à 3 % des gaz à effet de serre, avec une prévision exponentielle  dans les années à venir (augmentation jusqu’à 60 % !). Même si l’argument de leur absence d’émission de CO2 est valable, c’est quand même des déchets très dangereux pour les générations futures.

Quelles actions pour être plus éco-responsable face au numérique ?

Alors que pouvons-nous faire pour traduire dans le concret notre résistance à cette invasion digitale ?

  • Saboter les installations… Ce serait encore de l’énergie perdue car elles seraient immédiatement reconstruites. Nous avons fait ce bon en avant et nous ne reviendrons pas en arrière, et puis, je ne prône pas les actions violentes. Mais se poser la question des installations : pourquoi sont-elles si nombreuses ? Parce que nous consommons de plus en plus tout simplement… Le numérique c’est tous nos écrans du quotidien : en commençant par la télévision, ou mon ordinateur sur lequel je vous écris, la tablette ou le smartphone que je n’ai pas mais qui font partie de la panoplie tendance des personnes connectées… y compris chez ceux qui prêchent sans doute plus vert que moi !
    • Les trucs numériques écoresponsables : se poser la question de nos réels besoins quant à nos achats d’équipements numériques ; faire durer ses appareils ; acheter d’occasion (le site de reconditionnement Back Market par exemple, a été testé et approuvé par notre famille que ce soit pour de l’électro-ménager ou de l’équipement numérique); prendre des tailles d’écran TV à un format adapté à votre pièce plutôt qu’XXL…
  • Pactiser avec l’ennemi ? Plutôt mourir… Savez-vous que ces téléphones branchés ont une durée de vie moyenne de 23 mois ? A c’est sûr, les choux d’Apple sont bien plus gras que ceux de mon potager. Cela étant, pour l’instant je m’en passe largement. Jusqu’à ce que je n’ai plus le choix car il y aura eu trop de moutons à applications immédiates et flashcodées : ces braves bêtes nourries au marketing obligent à ce changement forcé sans se savoir manipulées 🙂
    • Trucs écoresponsables : cultiver son esprit critique ; oser être différent de la masse, choisir des entreprises de fabrication de proximité, socialement responsables, etc

Les chiffres clés de la pollution numérique

  • Vérifier nos munitions : Les équipements matériels sont déjà un premier enjeu écologique pour leur production : pollution des eaux, extraction de terres rares (par des enfants parfois), consommation d’énergie, recyclage, etc. Sans compter que tous nos écrans sont fabriqués la plupart du temps en Asie du Sud-Est (ou une grande partie de leurs composants) et qu’il faut les acheminer jusque chez nous (impact écologique du transport). Ensuite, le deuxième niveau est qu’il faut des installations lourdes pour qu’ils fonctionnent : antennes relais, stockage des données –qu’il faut refroidir tant elles produisent de la chaleur-, lancement de satellites, etc. Et le dernier niveau de pollution est celui de l’usage de ces outils numériques. Pléthores d’informations sont envoyées inutilement. Également, les téléchargements et surtout le streaming dévorent de l’énergie encore plus que vous ne dévorez leurs images.
    • Trucs écoresponsables : envoyer des courriels utiles (et éviter de répondre à ceux qui ne demandent pas de réponse) ; vider régulièrement sa corbeille (c’est comme dans la vraie vie) ; sortir de l’immédiateté des réponses, et la situation se décante souvent toute seule (en plus, ça évite souvent de dire des bêtises) ; se désabonner des lettres que l’on ne lit pas ; être sobre sur sa consommation de vidéos ; interroger vos collègues, vos profs, votre dictionnaire, etc, plutôt que google ou ses copains hauts-parleurs,
  • Garder sa liberté : ce n’est pas que je ne vois pas les avantages de ces échanges d’informations, bien au contraire, j’adore savoir que la connaissance est désormais accessible à tous. Ces nouvelles technologies nous permettent, et on le verra sans doute plus encore dans les années à venir, de construire un monde nouveau. C’est une étape, tout comme la machine à vapeur l’a été en son temps, qui refaçonne les façons de faire et d’être. C’est bien là que nous devons (encore) apprendre : que faisons-nous de cet outil fabuleux ? Comment nous en servons-nous ? Car, à l’instar d’un marteau et d’une scie qu’un ébéniste manipule pour construire un meuble, ces derniers peuvent aussi être des armes destructrices. Le métier du bois ne s’improvise pas… tout comme naviguer dans l’océan de la connaissance.
    • Plus que les trucs écoresponsables, des playdoyers : gardons le choix de nos canaux d’information autant que possible. J’ai le souvenir de la menace d’abattoir qui pesait sur le valeureux cheval de trait lorsque mon grand-père a acheté sa 2 CV et son tracteur. C’est pas si loin, et aujourd’hui, on se rend compte des dégradations dues à l’automobile ; et les équidés retrouvent une légitimité dans l’agriculture bio ou le débardage par exemple, pourquoi pas même en milieu urbain avec les gardes montées ou le ramassage des poubelles. Alors pourquoi cette dictature du tout digital alors que le papier fonctionne très bien encore ? Gardons le choix, et donc notre liberté, gardons ce qui marche et nous stabilise tout en déployant le progrès à un rythme absorbable par l’humain. Ne sommes-nous pas en ce moment trop contraints par le tout numérique qui, face à une adaptation obligatoire, provoque stress et burnout ?

La révolution numérique n’est peut-être pas si verte que ça. On nous annonce encore de grosses évolutions, comme la 5G qui va demander de nouveaux matériels (donc de nouvelles pollutions de tous ordres). Toujours plus sans vraiment savoir quels sont ses impacts sanitaires et sociaux alors que nous savons désormais que les longueurs de fréquences peuvent être délétères pour les être vivants…  A ce propos, saluons les ministres Olivier Vérand et Elisabeth Borne qui ont demandé une évaluation sanitaire et environnementale de cette technologie avant le déploiement de son réseau. En attendant, je vous propose de visiter l’alliance GreenIT : en bon colibri, j’aurai fait ma part de sensibilisation à l’éco-responsabilité numérique.

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