Le télétravail n’est pas nouveau

Il y a une vingtaine d’années, j’avais fait une petite recherche sur le télétravail dans le cadre de mes études. C’est dire si l’idée n’est pas nouvelle, mais tout à coup, elle s’est accélérée et s’est incarnée avec le confinement. Car jusqu’à présent, bien qu’elle fuse régulièrement, elle n’avait pas pris l’ampleur que l’on vient de lui connaître. Qu’est-ce qui a changé en une génération ?

Télétravail

Dans mon exposé de l’époque, le télétravail advenait car les techniques de télécommunication se développaient. Celles-ci restaient toutefois une nouveauté et ne représentaient qu’un élément parmi d’autres moyens de distanciation du travail. L’idée était plus de « travailler à la maison » pour éviter les transports, être à son rythme, déménager loin des centres urbains. Mais c’était aussi, et peut-être plus, les entreprises qui y réfléchissaient tant elles avaient des problèmes de locaux et que les prix de l’immobilier flambaient. Les « open space » ont partiellement réglé les questions d’occupation de l’espace (il y aurait beaucoup à écrire sur ce thème par rapport au feng shui, mais ce sera pour une autre fois 🙂 et les salariés ont peu saisi l’occasion d’autres formes de travail en dehors de leur bureau. Pourtant, nombreuses études avaient eu lieu sur cette thématique, d’autant plus que l’installation des 35 heures et sa cohorte de réflexions s’y prêtaient. Peut-être que personne n’était vraiment prêt ? Le télétravail demande une certaine maturité car il remet en cause la subordination, lien qui justifie un contrat de travail. Ce dernier existe toujours, mais symboliquement à mon sens, la dépendance d’un salarié à un patron devient différente.

Ce qui change avec le télétravail

  • L’éloignement physique ne permet plus de contrôle direct. C’est heureux pour ceux qui ont un « petit chef » sur le dos, mais celui-ci perd son pouvoir, voire sa nécessité de fonction.
  • C’est donc plus de confiance, si elle était déficiente, à mettre en l’autre. Le manager transmet des directives avec des zones d’incertitudes peut-être plus grandes, mais le travailleur peut aussi craindre qu’on l’oubliera. Ne dit-on pas « loin des yeux, loin du cœur » ?
  • Et cette distance peut vite se traduire en solitude, en non inclusion à un groupe que l’on appelle l’appartenance à l’entreprise. Je pensais respirer en travaillant à la maison mais j’ai perdu mes collègues, et me voilà presque enfermé ! J’ai (re)trouvé ma famille (j’ignorai que ça pouvait être aussi pénible des enfants !) mais je n’ai plu mon échappatoire : ces huit heures minimum à l’extérieur où je ne suis pas sollicité par la machine à laver, le facteur, le repas auquel il faut penser si je veux carburer, etc. La maison peut nous happer si l’on n’y prend pas garde (#chargementale).
  • Alors il faut bien penser à sa capacité d’autonomie et à savoir dire non : toutes ces sollicitations domestiques, je dois les refréner pour rester focalisé sur mon job. C’est dit, à moi-même et à ma tribu !
  • Oui, mais comment je fais dans mon appartement pour fermer la porte si je n’ai pas une pièce dédiée ? Car voilà, si mon boss va pouvoir liquider un étage de bureaux si d’autres font comme moi, je vais devoir pousser les murs ou déménager. Au prix du m2, est-ce rentable ?
  • Et puis, si je vais au fin fond de mon Ardèche adorée, est-ce que ma connexion XXL ne va pas me manquer ? Moi qui milite pour les zones blanches, voilà que je vais cautionner les ondes partout. Et mes happy hours de bobo ne vont-elles pas me manquer ? Et mon lèche-vitrines, et mes transports en commun, vais-je perdre tout ça ?

Tous ces points étaient déjà abordés du temps de mon exposé. Les premiers retours étaient que les personnes en télétravail devaient avoir une volonté de fer pour ne pas tomber dans de petites mauvaises habitudes à se laisser aller (grignotage, pause cigarette prolongée, désocialisation…). Il posait aussi les questions de coûts et de qui doit les assumer : équipement matériel, espace, temps de regroupement avec l’entreprise…

Télétravail
Pinterest me !

Mais aujourd’hui est un autre temps. D’abord parce que le télétravail a lui-même évolué en tant que tel. Certaines tâches sont totalement identiques, qu’elles se fassent depuis une entreprise ou de chez soi, car avec la digitalisation un ordinateur et un téléphone suffisent. Alors pourquoi pas stopper le « métro-boulot-dodo » dans ce cas ? D’autres métiers peuvent facilement s’adapter à la distanciation. Involontairement, cela a été le cas par exemple de l’enseignement durant le confinement covid 19. Sacro-saint de la relation, on peut pourtant l’envisager sans difficulté à distance. Il a d’ailleurs toujours existé par le CNED, mais surtout réservé « aux cas » d’impossibilité à se déplacer dans les classes. Il en est de même de la médecine. Perso, si mon médecin ne me tâte pas le ventre, je n’ai pas l’impression d’être soigné, mais en revanche ces derniers temps je fais plus confiance à un diagnostic de l’intelligence artificielle qu’au docteur qui n’a plus le temps de m’écouter…

L’idéal serait que nous prenions le meilleur de cette situation pour que le télétravail nous apporte de réels progrès comme limiter les déplacements (source d’économie et d’écologie) pour moult réunions qui pouvent s’en passer. Ou encore repeupler les zones désertées, source d’un réaménagement du territoire et sans doute d’une vie apaisée par rapport à celle des concentrations urbaines. Bien sûr, pour les entreprises et structures diverses, il y aurait à prévoir des temps de regroupement pour garder du lien avec son entreprise, mais d’autres relations se créeraient alors qu’elles n’ont pas le temps d’advenir dans les configurations actuelles. On l’a vu, le fait de rester chez soi pendant le confinement a permis de connaître ses voisins, ses commerçants… bref d’habiter son environnement.

Le télétravail a sans doute de l’avenir pour multiples raisons. Sans qu’on y pense vraiment en le choisissant, il a une influence considérable sur l’organisation sociale… Vos SCPI vont chuter si vous travailler chez vous mais vous allez retrouver le café de votre grand-mère 😊

Une réflexion au sujet de « Le télétravail n’est pas nouveau »

  1. de plus, dans le confinement récent, il faut prendre en compte l’inadaptation du matériel de télétravail ou du bureau à domicile qui peut engendrer des risques physiques (musculo-squelettiques, visuels, électriques…) liés à leur mauvaise ergonomie ou à une installation défectueuse, des risques psychologiques sont aussi importants : perte des limites entre vie professionnelle et privée ! : « La prévention des risques du télétravail » : https://www.officiel-prevention.com/dossier/formation/fiches-metier/la-prevention-des-risques-du-teletravail

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