Alexandra David-Neel : infatigable exploratrice

Le nom d’Alexandra David-Néel m’a été donné alors que je débutai dans la pratique de la méditation zen. Cet art m’a vite embarquée à m’intéresser au bouddhisme, et cette dame m’avait été présentée comme en témoignant. En effet, écrivaine, elle a publié des livres racontant ses péripéties en Orient, berceau de cette religion. Mais n’est-ce pas d’abord à la femme libre qu’elle fût qu’il faut s’intéresser ? Car pour son époque, elle est née en 1868, sa vie est remarquable d’aventures et de franchissement des codes sociaux.

L'exploratrice Alexandra David Neel

Sans doute un peu mieux née que la plupart du modeste peuple d’alors, la jeune fille grandit dans un milieu plutôt intellectuel et fréquente notamment le géographe Elisée Reclus décrit comme anarchiste. Est-ce lui qui lui donne le goût de la liberté ? Ou plutôt celui de ne pas être dans les conventions ? Ainsi, Alexandra David-Néel refuse tout net d’être mariée -c’est ce qui se faisait alors pour les filles de bonne famille- et déclare qu’elle n’aura jamais d’enfant.

La vie l’a amenée, sur ces deux plans, à mettre un peu d’eau dans son vin. En effet, elle finira par épouser un grand amoureux, Philippe Néel. Avec lequel elle vivra peu car c’est durant son mariage qu’elle part pour des excursions asiatiques qui durent des années. C’est surtout par correspondance que ces deux êtres échangent durant leur union. Malgré des relations distantes de milliers de kilomètres, elle confirma, avec le chagrin qui la gagna, son attachement à son mari au décès de celui-ci. Mais elle avait son fils ! Car là aussi, elle changea d’avis en rencontrant en Inde un jeune moine de 15 ans. Il lui sert de guide, c’est Aphur Yongden et il ne la quitte plus. Compagnon de voyage et voulant marquer le lien qui les unit, Alexandra demande à Philippe Néel de l’adopter avec elle, mais ce dernier refuse. Qu’à cela ne tienne, son engagement est irrévocable et finalement elle l’adopte seule.

Par ces liens affectifs, déjà nous voyons ce caractère fort et tenace mêlé de capacité d’adaptation. Mais Alexandra David-Néel l’exprime bien autrement encore dans sa vie. D’abord elle veut travailler (c’est à dire avoir un métier à elle) pour ne pas être asservie par le mariage (à Philippe, elle expliquera qu’elle ne veut ni faire la cuisine, ni recevoir ses amis). L’une de ses premières professions est d’être chanteuse d’opéra. Cela l’emmène déjà en voyage puisqu’elle se produit dans le monde. Douée, elle écrit aussi : piges de journalisme et premiers récits et romans. Est-ce alors qu’elle prend le virus des déplacements lointains ?

Il faut savoir qu’à l’adolescence, elle découvre le musée Guimet à Paris avec toute la culture asiatique qui la passionne. C’est vers 45 ans qu’elle rejoindra sur le terrain ce qui l’avait fasciné jeune : elle s’embarque pour l’Asie, seule, en vue d’étudier le bouddhisme pour dix-huit mois. Son mari l’attendra quatorze ans qu’elle mettra à profit pour sillonner les contrées de l’Himalaya. Autant de choses, que l’on peut qualifier d’exploits, à raconter dans les prochaines étapes de sa vie.

Un jour, il fallut pourtant poser les valises. C’est à Digne, dans les Hautes-Alpes, qu’elle s’installe face aux montagnes qui lui rappellent celles de son autre bout du monde. Conférencière et femme d’écriture, elle raconte sa vie et veut témoigner des préceptes de vie qu’elle a découverts au cours de ses allers et venues orientaux, et notamment ceux au Tibet.

Je suis ravie d’avoir lu plusieurs articles récemment dans la revue Ca m’intéresse (dont le n° 463) sur cette femme extraordinaire. Sa maison de Digne est devenue musée : voilà une bonne idée de visite durant des vacances dans cette jolie région de France après le confinement. En attendant, on peut lire ses livres ou (re)voir « Alexandra David-Néel, j’irai au pays des neiges », cette vie valait bien un film. Décédée à plus de cent ans, j’aime retenir d’elle, au-delà de mon intérêt pour la philosophie orientale, son avant-gardisme féministe. Plus qu’émancipée, elle s’est permis d’être elle-même et de ne jamais plier genou devant quiconque, même si c’était le Dalaï-Lama à qui elle fût présentée. « Lampe de sagesse » avait-elle été surnommée là-bas…

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