Ca me travaille le cuir

Ah que j’ai rêvé d’une robe en cuir ! Pour faire comme la fille de l’institutrice, la seule à en avoir une. Ou comme les femmes des années 80 qui se libéraient plus que jamais : et même qu’elles en avaient fait des pantalons de la robe ou de la jupette, pour aller avec la cravate qu’elles arboraient. Et puis, ça fait rock, ça fait cowboy, ça fait « pas froid aux yeux » quoi… ça pouvait peut-être aider ma timidité ? Mieux, j’aurais eu du Chien sans le faire exprès et ça aurait été extra

veste en cuir

Formidable matériau imputrescible, malléable pour se prêter à bien des formes, on le retrouve partout : dans le prêt-à-porter,  les chaussures notamment, les accessoires, le bâtiment, l’ameublement. Mais le cuir est  le résultat de bien des traumatismes.

D’abord, il provient des animaux. Cela veut donc dire qu’on a tué une bête pour avoir sa peau. Alors, on peut comprendre les vegans et autres protecteurs des animaux. Mais dans notre monde imparfait et loin du végétarisme, acceptons que le dépeçage n’est pas gaspillage mais recyclage. Ainsi, la France sait bien le faire avec son univers du luxe : grâce à ses accessoires et maroquinerie elle est en très bonne place sur le marché mondial, et 4e globalement pour ses exportations de produits en cuir. Mais pour assurer ses fabrications, en plus de nos assiettes de carnassiers, elle doit importer des peaux pour compléter celles de l’Hexagone. Bon, ceci n’est pas une invitation à manger encore plus de viande, c’est un autre débat et de toutes façons à quasiment 500 euros le prix moyen du sac vendu, c’est pas avec moi qu’il trouvera cliente ! Mais c’est dire si de par le monde il  y a des gens qui ne comptent pas…. Et donc beaucoup d’échanges commerciaux autour du cuir à grands coups d’avions et de cargos.

Mais la pollution n’est pas que due à son transport, qu’il soit en tant que matière première (fourni par 80 % des pays en voie de développement) ou produits à la vente, c’est d’abord dû au traitement des peaux. Car de nombreuses étapes sont nécessaires : du curetage des poils et graisses au polissage, les mètres cube d’eau défilent. Et cette dernière est particulièrement souillée par les divers traitements chimiques contre les moisissures, pour l’assouplissement, pour la teinture et autres étapes pour donner un joli cuir. Chez nous, les tanneries ont des stations d’épuration, mais quand on sait que 80 % sont au Bangladesh, en Inde ou autre pays où les normes environnementales sont loin d’être obligatoires, y’a du souci pour le cycle de l’eau.

Et du coup, pour les ouvriers, c’est pas mieux. Ils travaillent à mains nus dans un univers à la forte odeur pour ne pas l’écrire autrement… pour preuve, on distribue aux touristes des bouquets de menthe à mettre sous le nez pour qu’ils soient moins indisposés lors de leur visite. Alors certes, à Fès, ça fait des photos inoubliables, mais on ne pense pas toujours à toutes les misères qui sont derrière les belles couleurs. On vous avait déjà parlé de ces travers dans notre article sur ce blog (notamment « les dessous du luxe » de cash investigation documentaire mode )

Les tanneries à ciel ouvert de Fès au Maroc
Les tanneries à ciel ouvert de Fès au Maroc

Alors adieu veaux, vaches, cochons ? Cela m’étonnerait qu’on arrête du jour au lendemain de les consommer. Non, mieux, on recycle encore plus. J’ai vu en reportage une dame qui transforme la peau de saumon, d’un élevage français, en étant la plus respectueuse possible de l’environnement, pour en faire un beau cuir souple. Et pour les végans, on crée des « cuirs » végétaux à base d’ananas, de maïs, de champignon.

Voilà, cet article m’a quand même travaillé le cuir ! Il m’a été inspiré par celui de Ça m’intéresse (n° 457 mars 2019) où l’on découvre toute la chaîne de transformation. J’avoue qu’en imaginant le début à l’abattoir, ça m’a encore plus donné le goût d’être végétarienne. Mais en même temps, c’est une filière, dès lors qu’elle respecte nature et homme, qui valorise une matière première existante et prometteuse de multiples applications et d’un bel artisanat. Alors je garde mes sacs, mes chaussures, et mes vestes et je les entretiens soigneusement pour qu’elles durent le plus longtemps possible. D’autant plus qu’une pièce de cuir est bien souvent indémodable, demandez donc à ma fille qui a bien volontiers récupéré ma petite veste en cuir !

2 réflexions au sujet de « Ca me travaille le cuir »

  1. Très bel article. Oui le cuir est indémodable et surtout intemporel, il se marie avec d’autres pièces. Je découvre au passage « l’histoire » du cuir. Bonne journée 😉

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