Bien dans ses baskets

J’ai été fort étonnée de lire (dossier « business des baskets du magazine Capital n° 334 de juillet 2019, on profite du confinement pour se mettre à jour de tous les magazines qu’on n’a pas eu le temps de lire !) que plus d’une paire de chaussures vendues, sur deux, sont des sneakers. Tout le monde se mettrait-il au sport ? Pas du tout, puisqu’elles ne servent pas à cela pour six personnes sur dix ! Mieux (ou pire), elles se portent désormais en quasi toute occasion… et y compris avec un costume. Ah la mode, ou plutôt le marketing, nous fera tout faire, y compris patauger dans notre transpiration au risque de devenir fabrique à champignons.

Paires de baskets

Car moi, j’ai eu des baskets sur prescription : c’est-à-dire en entrant au collège pour suivre les cours « d’EPS » (Education Physique et Sportive), il était alors interdit de les porter en dehors des séances de sport. Ces jours là, elles étaient rangées dans le sac spécifique à l’EPS pour des questions d’hygiène (un sac coloré Adidas que ma fille retrouverait avec plaisir dans son grenier si je ne l’avais donné à Emmaüs au temps où elle n’y faisait pas encore attention… car il y a bien longtemps que je n’en ai plus besoin, ma pratique sportive s’étant limitée à mes obligations scolaires).

Eh oui, les pieds respirent mieux dans le cuir que sur le caoutchouc ! C’est ce qu’on nous expliquait et je crois que c’est vrai quand je sens les odeurs de pieds trop macérés 😊 J’avais donc mes Converse qui, pour ma part, m’indisposaient : je les trouvais trop grossières pour mes menus pieds, et elles étaient montantes alors que se dessinaient la mode des « tennis » (ma première paie me fit me précipiter acheter des Stan Smith en cuir blanc et languette arrière verte). Bien plus tard, la Chuck Taylor fut plus que réhabilitée, voire collectionnée par des amateurs de ces chaussures désormais plus que communes, même si les marchands jouent sur la rareté des collections pour faire monter les prix.

Car oui, c’est la guerre des baskets, la plus féroce étant entre les deux géants : Nike et Adidas (66 % du marché). C’est à qui trouvera la plus grande star pour faire monter les ventes… et sans se soucier de ce qu’il y a vraiment dans leurs pompes : des scandales écologiques et de la maltraitance humaine en grande majorité, même s’ils prévoient tous, devant la pression sociale, de faire bientôt des modèles écolos ! L’argent généré (mais très mal redistribué donc) est sans doute colossal puisque bien d’autres « petites » marques essaient de se trouver une place au soleil (ou sur le court) comme Vans, New Balance et bien d’autres. Pour preuve, même le luxe s’y met ! Certes, ce secteur privilégie un peu plus la qualité et le minimum syndical car il ne vise pas (trop) les coûts à rogner comme les producteurs classiques. Mais à 600 euros (ou plus) la paire, y’a de la marge pour ne pas trop estourbir le cordonnier indonésien… Cela étant, à 150 euros les groles que beaucoup s’offrent, sachons que les frais de production et de transport (soit depuis l’Asie où sont fabriquées la plupart des sneakers) ne représentent que 20 % du prix : ça me fait mal au Vietnam ! Ça veut dire que mes sous vont alimenter du vent : des célébrités hors de prix (leur contrat paieraient des milliers de petites mains de là-bas !), de la publicité, de la fierté purement égotique pour suivre les tendances… et polluer un max, de la fabrication au non recyclage !

Et pourtant, nous succombons tous : même les femmes les plus élégantes et les princesses s’y mettent ! Ainsi, Meghan Markle s’est affichée avec des baskets : mais c’était des Veja qu’elle avait bel et bien achetées. Cette marque réhabilite l’humanité par rapport à ses grands frères américains ou allemand. Fondée en France en 2004 par Ghislain Morillion et Sébastien Kopp, ces deux là font tout pour que leurs bébés préservent la planète. La fabrication n’est pas en France (dommage peut-être) mais au Brésil car les conditions y sont plus descentes qu’en Asie du Sud-Est.

Mais j’aime surtout que l’argent généré n’aille ni aux cadeaux (à des stars, à des influenceurs…. Non, non, nous n’avons pas reçu de Véja pour parler d’eux !), ni à la publicité, ni aux stocks (on ne surproduit pas… pour détruire après, comme les grands du textile !), ni à Amazon (plateforme de distribution non retenue volontairement eu égard aux conditions de travail). Toujours en souci de mieux faire sur leurs valeurs fondamentales, les deux amis ont tout de même vendu en 2018 une belle quantité de leurs modèles épurés (800 000), dont 80 % hors de France…. Alors qu’en France, nous achetons des modèles venant de bien loin ! S’il fallait parcourir tout ça à pied, y’en faudrait des bakets !

En attendant, ce n’est plus avec ces chaussures qu’on se distingue vu la masse qui les achète. Même s’il y a des collectionneurs, et donc des modèles plus rares, l’art et la manière peuvent encore se poser en question : qu’est-ce que l’élégance avec des péniches blanches quand on a le pied beau ? L’essentiel est d’être bien dans ses baskets (des Veja en priorité, vous l’aurez compris) … même si l’on n’en porte pas !

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