Abeilles avec ou sans miel (Confinement épisode 15)

Le 20 mai est devenu la journée mondiale des abeilles. Sont-elles donc une cause désespérée pour qu’on leur trouve une date (tiens, je pense au 8 mars 😊 !) ? Il semblerait que oui. Elles font parties de la cohorte des insectes, et plus particulièrement les pollinisateurs, qui voient leur population chuter, jusqu’à l’extinction pour certains, à vitesse grand V. Pourtant, ils sont absolument nécessaires à notre survie. L’abeille fait penser immédiatement au miel, et l’on se dit qu’on n’aura plus de miel…

Abeille marguerite miel

Mais pas que ! Le miel est le résultat d’une production : butiner le pollen, et en le faisant, l’abeille féconde aussi les fleurs qui, sans cela, ne feraient pas de fruits. Mais il y a fleur et fleur : toutes les abeilles ne sont pas appelées par les mêmes. Ainsi, on connaît les abeilles domestiques, qui ont leur ruche, et qui sont suivies par leur apiculteur et dont on goutte le miel après l’été. Mais il y a aussi les bourdons et les abeilles sauvages, aux races nombreuses et variées, qui sont tout autant importantes pour la biodiversité. Ces derniers ne produisent pas de miel mais maintiennent la variété de nos fleurs, et donc arbres, vergers et cultures. Car chaque abeille a ses fleurs de prédilection : alors il faut multiplier les fleurs et leurs pollinisateurs pour conserver une grande diversité végétale.

Pour l’heure, c’est pourtant l’inverse qui prévaut. Tondre constamment le gazon, faucher trop tôt les bords de route, empêche les fleurs de pousser : les insectes n’ont pas de quoi se nourrir. Les monocultures ôtent de la variété, et certaines espèces se trouvent alors dépourvues de leur « moteur de vie ». Et malgré tout, lorsqu’en volant, elles pompent quelque nectar, bien souvent il est traité aux pesticides. Avec de tels poisons, elles en meurent, ou les passent… dans le miel dont nous nous délectons !

Mon oncle élevait ses abeilles en « benon » (mot patois pour désigner des abris à abeilles, sortes de très grosses corbeilles cordées) dans le petit bois : châtaigniers, sapins, noisetiers, pommiers, pruniers, vigne… étaient tout près, et l’agrochimie n’avait pas encore fait son apparition. Ce souvenir me fait toujours m’interroger sur comment il est possible de mettre « miel bio » sur une étiquette actuellement, sachant qu’une abeille parcourt plusieurs kilomètres loin de sa ruche, et qu’ainsi elle peut se poser dans n’importe quel champ avec des intrants chimiques…

J’ai trouvé une réponse dans l’approche de Kléber Sylvestre qui prône l’apiculture durable. Il s’agit d’intervenir le moins possible dans la ruche. Bien sûr, c’est plus compliqué de faire du chiffre d’affaires car on laisse du miel aux abeilles pour l’hiver plutôt que de leur donner du sucre (au prix du kilo de miel ma bonne dame !), et on accepte de perdre des colonies plutôt que de les traiter lorsque le varoa attaque. Au fil du temps, les abeilles lui résistent… Et cet apiculteur évite le butinage à outrance, de ses abeilles noires mellifères, pour laisser de la place aux pollinisateurs sauvages qui doivent eux aussi trouver pitance.

Bref, il fait comme mon tonton mais nous n’en sommes plus à son temps : désormais, les abeilles sont presque plus présentes en ville que dans les champs ! Comment les aider alors ? Autant que possible, supprimer les causes que nous venons de rapporter. Et offrir des abris aux pollinisateurs comme « des hôtels à insectes » (oui, oui ça s’achète !), ou simplement un muret de pierres sèches, du bois mort. Et laisser pousser les fleurs des champs (attention, les graines achetées n’apportent pas forcément ce qu’il faut aux populations autochtones). Et veiller à ce que nos fournisseurs de miel soient sensibles à l’apiculture durable comme Kléber et son association fedcan.org à retrouver dans le numéro « petite abeille, grands effets » d’Alpenscène, n° 106/2020. Dans cette revue, j’ai aussi retenu quelques chiffres impressionnants :

  • 600 espèces d’abeilles dans les Alpes ;
  • Pour un pot de miel : 6 millions de fleurs butinées et l’équivalent de 3 fois le tour de la terre parcouru,
  • Valeur de la pollinisation des abeilles sauvages et domestiques en Europe : 22 milliards (s’il fallait comptabiliser leur travail !).

Et je ne vous parle pas des modèles d’organisation d’une ruche… les humains devraient s’en inspirer car ils ont un peu oublié que depuis la nuit des temps les abeilles sont là et que leur miel les a nourris…

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