Chere Benoite (Groult)

Chaque fois que je passe à la caisse d’un supermarché, ou mieux dans un lieu d’encaissement encore moins anonyme, je pense à toi. Car à ce moment là, tous les regards, même s’ils se veulent discrets, voient ce que j’achète. Et quand il s’agit de payer mes serviettes hygiéniques ou mes tampax, le petit pincement de honte au fond de moi est encore là. Heureusement, tu es survenue dans ma vie.
GROULT, BENOITE 1983       © ERLING MANDELMANN
© Erling Mandelmann

Ton livre (« Ainsi soit-elle ») m’a permis de passer un cap que je n’aurais pas franchi avec ma seule éducation de la France profonde des années 70/80 : celui d’être une femme valant un homme. Car il était encore ignominieux d’évoquer les règles des filles chaque mois (tout comme toute allusion d’éducation sexuelle) ; alors acheter des tampax nous faisaient rougir jusqu’aux oreilles quand maman, plus embarrassée encore que nous, ne s’y collait pas ! Et quel titre : au-delà de la féminité certaine, juste à sa place, face au masculin qui le serait du coup lui-aussi, tu sous-entendais les milliers d’années du poids de la religion. Alors que, sans réfléchir, nous terminions par un superbe « Ainsi soit-Il » toutes les messes du dimanche, qui étaient encore une habitude, voilà que tu proposais « Ainsi soit-elle » !

C’était fort interpellant et alléchant. Tu as marqué un avant et un après cette lecture. Tu m’a donné le courage d’être un peu plus moi en tant que jeune fille, et plus tard, la fierté d’être femme ayant un truc en plus que les hommes : fabriquer des bébés. Et être quasiment fière de brandir la boîte de tampons. Si c’était pas scandaleux d’en avoir honte !

Aujourd’hui tu t’en vas de ce monde que tu as tiré par le haut. Je t’ai entendu dans une interview dans laquelle tu indiquais que les (vieilles) femmes à partir de la cinquantaine deviennent transparentes. C’est vrai globalement, mais saches que toi, je ne t’ai jamais oubliée et que j’ai parlé de toi, bien avant que tu ne meures, à ma fille.

Après « ainsi soit-elle », il y a aussi « la part des choses » à lire absolument ! Que de talent. Le ciel l’a bien reconnu : tu es visiblement partie paisiblement.

Une réflexion au sujet de « Chere Benoite (Groult) »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s